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Fiche texte · Comédie · 1730

Dorante et Silvia : le marivaudage

La scène à deux du Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, acte II, scène 9 : deux êtres déguisés qui s'aiment sans vouloir se l'avouer.

Auteur
Marivaux1688 · 1763
Pièce
Le Jeu de l'amour et du hasardCréation 1730
Personnages
Dorante, SilviaDeux voix
Forme
Prosecomédie
Usage
Scène à deuxmarivaudage
Statut
Domaine publiclibre de droit
Portrait de Marivaux
Marivaux, portrait ancien. Domaine public.

Le contexte

Pour observer librement le mari qu'on lui destine, Silvia a échangé son habit avec sa servante Lisette : elle se fait passer pour la suivante. De son côté, Dorante, le prétendant, a eu la même idée et se présente sous le nom de son valet, Bourguignon. Les deux jeunes gens se rencontrent donc déguisés, persuadés chacun de parler à un domestique. Et, contre toute attente, ils tombent amoureux. À l'acte II, scène 9, ils sont seuls : Dorante voudrait avouer ce qu'il ressent, Silvia se débat entre son cœur et l'idée qu'elle aime, croit-elle, un simple valet.

L'extrait

Acte II · Scène 9 · Dorante, Silvia
Dorante, sous le nom de Bourguignon, presse Silvia, qu'il prend pour la suivante Lisette.
Silvia

Le texte intégral de cette scène est consultable sur Gallica et Wikisource. Nous n'en reproduisons ici qu'une amorce, pour situer le mouvement : Dorante presse, Silvia résiste, et chacun trahit, par le ton plus que par les mots, un trouble qu'il refuse de nommer.

Dorante

Tout l'art de Marivaux tient dans cet écart : les répliques disent la distance, la voix dit l'attachement. Pour le jeu mot à mot, reportez-vous à l'édition de référence indiquée plus bas, afin de travailler sur un texte sûr.

Source : Marivaux, Le Jeu de l'amour et du hasard, acte II, scène 9. Domaine public.

Lecture du passage

La scène repose sur un double aveuglement volontaire. Dorante et Silvia se croient séparés par la condition : lui se pense valet aux yeux de l'autre, elle se croit servante. Or ils sont, en réalité, faits l'un pour l'autre. Le marivaudage naît exactement de là : la phrase tourne, se reprend, recule au moment d'avancer. On ne dit pas « je vous aime », on dit qu'on ne devrait pas, qu'il faut partir, qu'on s'en va, et l'on reste. Le sentiment se lit dans l'hésitation, dans la question relancée, dans le mot qu'on retire à peine posé. C'est une scène où le sous-texte porte presque tout : ce qui se joue n'est jamais ce qui se dit.

Pour le jeu

Indications de travail

  1. Jouer la résistance, pas l'aveu. Plus les deux personnages luttent contre leur penchant, plus l'amour devient évident pour le public. Ne cherchez jamais à montrer le sentiment : montrez l'effort pour le cacher.
  2. Le rythme du marivaudage. Les phrases avancent par petites touches, se relancent, se contredisent. Travaillez les reprises et les silences : c'est dans la suspension, juste avant la réplique, que se loge le trouble.
  3. L'obstacle de la condition. Gardez vivant l'enjeu social : chacun croit aimer en dessous de son rang. Cette gêne, à la fois sincère et fausse, donne sa tension à toute la scène.

Sources & références

Marivaux, Le Jeu de l'amour et du hasard. Texte du domaine public, consultable sur Gallica et Wikisource. Belle scène à deux pour le travail du dialogue, voir aussi scènes de théâtre à 2 personnages et notre page Marivaux.