Le contexte
Ruy Blas est un valet que le seigneur de Bazan a fait passer pour un noble afin de le glisser à la cour d'Espagne. Devenu ministre sous un faux nom, il assiste à un conseil où les grands du royaume se partagent les charges et les profits de l'État pendant que le pays se ruine. Resté caché, puis surgissant, il les prend sur le fait au moment où ils s'apprêtent à quitter la salle.
La tirade éclate alors comme un réquisitoire. Un homme du peuple, déguisé en grand seigneur, jette leur conduite à la figure de ceux qui gouvernent. C'est un sommet du drame romantique : le mélange du bas et du haut que réclamait Hugo, le valet qui parle plus haut que les maîtres.
L'extrait
Bon appétit, messieurs ! Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Lecture du passage
L'ironie ouvre la charge avant la colère franche. « Bon appétit, messieurs ! » est une politesse de table, lancée à des gens qui se servent eux-mêmes au lieu de servir l'État. Les apostrophes qui suivent, « ministres intègres », « conseillers vertueux », disent l'inverse de ce qu'elles affirment : l'éloge se renverse en accusation. Le mot « serviteurs » fait le pivot du passage. Il rappelle que ces grands sont au service du pays, et que Ruy Blas, valet caché sous un titre, est mieux placé qu'eux pour le leur reprocher. Tout est dit dans le contraste entre « servir » et « pillez la maison ».
Pour le jeu
Indications de travail
- Commencer par l'ironie, pas par le cri. Les premiers mots sont presque souriants. La colère monte ensuite. Donner tout au premier vers ne laisse plus rien pour la suite.
- Tenir l'autorité du faux noble. Ruy Blas parle d'en haut, comme s'il avait le droit de juger ces hommes. Le valet doit disparaître sous le ministre, et ne revenir qu'en sous-texte.
- Appuyer la bascule du dernier vers. « Serviteurs qui pillez la maison » referme l'attaque : le mot « pillez » porte toute la condamnation, sec et net après l'ironie du début.
Sources & références
Victor Hugo, Ruy Blas, acte III, scène 2. Domaine public. Voir aussi le registre du drame romantique, l'anthologie des scènes cultes, la bibliothèque libre de droit, et la méthode dans apprendre un texte de théâtre.