Une frontière moins nette qu'on ne croit
On apprend à l'école une règle simple : la tragédie finit mal, la comédie finit bien, le drame mélange les deux. La règle aide à débuter, mais le répertoire la déborde de partout. Le Cid s'achève sur une promesse de mariage et reste tenu pour une tragi-comédie ; Dom Juan, chez Molière, descend aux enfers et porte pourtant le titre de comédie. Reconnaître un genre, c'est moins cocher une case que comprendre ce que la forme fait au sens.
La tragédie
Née en Grèce, codifiée par Aristote dans sa Poétique, la tragédie met en scène des personnages de haut rang aux prises avec un destin qui les dépasse. Elle vise la catharsis, cette purgation des passions par la terreur et la pitié. Au XVIIe siècle, Racine et Corneille la portent à son sommet avec la règle des trois unités (un lieu, un jour, une action) et l'alexandrin. Phèdre, Andromaque, Britannicus en sont les modèles.
La comédie
La comédie peint les défauts ordinaires pour en rire : l'avarice, l'hypocrisie, la vanité. Elle met en scène des personnages plus proches du spectateur et se termine en général par un rétablissement de l'ordre, souvent un mariage. Molière en a fait un art complet, du gros comique de farce à la comédie de caractère la plus fine, comme Le Misanthrope. La comédie n'est pas le contraire du sérieux : les plus grandes font réfléchir autant qu'elles font rire.
Le drame
Le drame apparaît au XVIIIe siècle avec Diderot, puis triomphe au XIXe avec le drame romantique. Dans la préface de Cromwell, Victor Hugo réclame le mélange des genres : le sublime et le grotesque sur la même scène, à l'image de la vie. Hernani, Ruy Blas, Lorenzaccio incarnent ce théâtre qui refuse de choisir entre rire et larmes. Le drame est moins un genre fixe qu'un geste de liberté contre les règles classiques.
Reconnaître le genre en lisant
Pour situer une pièce, observez trois indices : le rang des personnages, l'issue de l'intrigue et le registre de la langue. Mais gardez en tête que les meilleures pièces jouent avec ces repères. Savoir à quel genre on a affaire change la façon de jouer : on ne dit pas un alexandrin de tragédie comme une réplique de farce. C'est aussi ce qui guide le choix d'un texte, qu'il s'agisse d'un monologue, d'une scène à deux ou d'un extrait comique pour une audition.
Trois genres en un coup d'œil
Un repère rapide, à nuancer selon les pièces, car les meilleures jouent avec ces frontières.
- Tragédie : personnages de haut rang, destin implacable, issue funeste, langue noble en alexandrins. Modèles : Phèdre, Andromaque, Britannicus.
- Comédie : personnages ordinaires, peinture des défauts, issue heureuse, souvent un mariage. Modèles : Le Tartuffe, L'Avare, Le Misanthrope.
- Drame : mélange des registres, héros déchirés, refus des règles classiques. Modèles : Hernani, Ruy Blas, Lorenzaccio.
Les genres mixtes
Le répertoire déborde les trois cases. La tragi-comédie, comme Le Cid, garde la noblesse de la tragédie mais évite la mort. La comédie-ballet, inventée par Molière avec Lully, mêle théâtre, musique et danse, comme dans Le Bourgeois gentilhomme. Le drame bourgeois de Diderot, au XVIIIe siècle, prépare le drame romantique en prenant au sérieux des personnages ordinaires. Connaître ces genres mixtes aide à comprendre pourquoi une pièce résiste au classement.
Questions fréquentes
Comment reconnaître le genre d'une pièce ?
Observez trois indices : le rang des personnages, l'issue de l'intrigue et le registre de la langue. Mais gardez en tête que les grandes pièces jouent avec ces repères.
Qu'est-ce qu'une tragi-comédie ?
Un genre mixte qui emprunte à la tragédie son intensité mais s'achève sans mort, parfois sur un mariage. Le Cid en est l'exemple le plus célèbre. Voir Corneille.
Pourquoi le genre change-t-il la façon de jouer ?
On ne dit pas un alexandrin de tragédie comme une réplique de farce. Le genre fixe le rythme, le poids des mots et le rapport au public. C'est ce qui guide le choix d'un monologue ou d'une scène.