Le contexte
Argan se croit gravement malade. Couvert de remèdes et de lavements, il vit entouré de médecins et de comptes d'apothicaire, persuadé que la moindre négligence va l'emporter. Toinette, sa servante, ne partage pas du tout cette frayeur : elle voit clair dans la prétendue maladie de son maître et refuse de plier devant ses humeurs. À la scène 5 du premier acte, Argan veut imposer à sa fille Angélique un mariage avec un médecin, pour avoir un gendre commode sous la main. Toinette s'oppose, le contredit, feint de ne pas entendre, et transforme l'autorité du maître en un combat verbal qu'elle mène à sa façon.
L'extrait
Toinette !
ToinettePlaît-il ?
ArganApproche.
ToinetteVoilà qui est fait.
Dans la suite de la scène, Argan annonce à Toinette qu'il a décidé de marier Angélique à Thomas Diafoirus, fils de médecin. Toinette refuse net d'approuver ce projet : elle argumente, se moque, joue la sourde quand Argan crie, et finit par le pousser dans une colère où il la poursuit autour de son fauteuil. Le rapport de force s'inverse sans cesse, et la servante garde toujours le dernier mot.
Lecture du passage
La scène repose sur un duel de volontés. Argan croit détenir l'autorité du maître et du père ; Toinette lui oppose le simple bon sens, plus une insolence parfaitement maîtrisée. Tout le comique tient au décalage : plus Argan se fâche, plus Toinette reste calme, et plus son calme le pousse à bout. Le procédé du « je ne vous entends pas », où la servante fait mine d'être sourde dès qu'on lui donne un ordre déplaisant, est un ressort de jeu redoutablement efficace. Molière y installe aussi un thème central de la pièce : la maladie d'Argan est une fiction que tout le monde entretient, sauf Toinette, qui ose la nommer pour ce qu'elle est.
Pour le jeu
Indications de travail
- Le statut, pas le volume. Argan domine par sa position de maître, Toinette par son aplomb. Ne jouez pas la dispute en criant : laissez le rapport de force se déplacer phrase après phrase.
- La fausse surdité. Le jeu où Toinette feint de ne pas entendre est le moteur comique. Préparez chaque « Plaît-il ? » comme une provocation tranquille, jamais comme un vrai malentendu.
- Le rythme du tac au tac. Les répliques sont courtes et s'enchaînent vite. Travaillez les relances sans temps mort : le comique naît de la vitesse et de la précision, pas de la pause.
Sources & références
Molière, Le Malade imaginaire, acte I, scène 5 ; d'après l'édition Despois-Mesnard, Hachette. Texte du domaine public, consultable sur Gallica et Wikisource. Excellente scène à deux pour le travail comique : voir aussi nos pages scènes de théâtre à 2 personnes, textes drôles pour audition et Molière, par où commencer.