Le contexte
Titus, devenu empereur, doit renoncer à Bérénice, reine de Palestine, que Rome n'acceptera jamais pour impératrice. Bérénice ignore d'abord la cause de sa froideur, puis comprend que la séparation est décidée. Dans cette scène, la douleur cesse d'être plainte pour devenir vertige : elle mesure l'étendue de l'absence à venir, l'espace et le temps qui vont les séparer sans fin.
L'extrait
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Lecture du passage
La force de ces deux vers tient à leur ouverture sur le temps et l'espace. « Dans un mois, dans un an » ne fixe aucune date : l'expression ouvre une durée indéfinie, un avenir qui s'étire sans terme. Le verbe « souffrirons-nous » lie les deux amants dans une même peine, là où tout va les disjoindre. Puis « tant de mers » donne à la séparation sa mesure géographique, vaste et concrète. Rien n'est crié : la douleur passe par la question, et la question reste sans réponse possible.
Pour le jeu
Indications de travail
- Tenir l'élégie, non le sanglot. Bérénice ne se plaint pas, elle constate. La voix doit garder une tenue, une noblesse, et laisser la douleur affleurer sous la retenue.
- Ouvrir le temps et l'espace. « Dans un mois, dans un an » puis « tant de mers » dessinent une immensité. Faites entendre cette distance qui s'agrandit à mesure que les mots avancent.
- La question comme gouffre. Le « comment souffrirons-nous » n'attend pas de réponse. Laissez le silence répondre, sans précipiter la fin du vers.
Sources & références
Jean Racine, Bérénice. Texte du domaine public. Pour l'auteur, voyez notre page Jean Racine ; pour la méthode, apprendre un texte de théâtre.