Le contexte
Phèdre, épouse de Thésée, aime en secret Hippolyte, le fils que son mari a eu d'un premier lit. Cet amour la dévore et la fait dépérir. Pressée par sa nourrice Œnone, qui la croit mourante, elle finit par nommer l'innommable. L'aveu se fait en deux temps : d'abord l'origine du mal, puis le nom de celui qu'elle aime.
L'extrait
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d'Égée
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
[…]
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
Lecture du passage
Tout est dans la retenue. Phèdre ne crie pas sa passion, elle la décrit comme une maladie qui lui arrive du dehors. Les verbes au passé (« je le vis, je rougis, je pâlis ») installent un récit, comme si elle parlait d'une autre. Le basculement vient avec les deux derniers vers : la métaphore médicale cède d'un coup à l'image mythologique, et « Vénus tout entière à sa proie attachée » fait de Phèdre une victime désignée, sans recours.
Pour le jeu
Indications de travail
- Retenir, ne pas pousser. L'aveu est arraché, pas proclamé. La voix doit chercher à ne pas dire, jusqu'à ce que le mot s'échappe malgré elle.
- Le passé comme distance. Le récit au passé permet à Phèdre de tenir son émotion à bout de bras. Jouez cette distance avant qu'elle ne cède.
- Les deux derniers vers comme rupture. Le passage à Vénus est le moment où la digue lâche. C'est là, et seulement là, que la tension peut monter.
Sources & références
Jean Racine, Phèdre, 1677. Texte du domaine public. Pour l'auteur, voyez notre page Jean Racine ; pour la méthode, apprendre un texte de théâtre.