Un lexique pour lire et jouer
Le théâtre a son langage propre, hérité de plusieurs siècles de pratique. Certains mots viennent du texte écrit, d'autres du plateau, d'autres encore de la versification classique. On les croise dans une édition annotée, dans une note de mise en scène ou dans la bouche d'un régisseur, et leur sens n'est pas toujours évident. Ce lexique réunit les termes utiles, classés par domaine, avec une définition courte et un exemple quand il éclaire. Il s'adresse autant au comédien qui prépare une scène à deux qu'au lecteur qui ouvre une pièce pour la première fois.
Le texte et ses formes
Avant le plateau, il y a la page. Voici les unités qui composent une pièce et les procédés qui font avancer l'action.
Réplique
Texte qu'un personnage prononce d'un seul tenant, entre deux interventions d'un autre. C'est l'unité de base du dialogue. Une réplique peut tenir en un mot ou s'étendre sur plusieurs vers.
Tirade
Longue réplique ininterrompue, adressée à un ou plusieurs personnages présents. La tirade des nez de Cyrano, chez Rostand, en est l'exemple le plus connu. Elle reste un échange : il y a quelqu'un à qui parler. Voir nos monologues célèbres pour la distinction avec le discours solitaire.
Monologue
Discours qu'un personnage tient seul, sans interlocuteur, souvent pour exposer un débat intérieur. Le monologue d'Hamlet ou les stances de Rodrigue dans Le Cid relèvent de ce procédé. À la différence de la tirade, personne n'écoute à l'intérieur de la fiction.
Aparté
Paroles qu'un personnage dit à part, censées n'être entendues que du public et non des autres personnages sur scène. C'est un ressort comique fréquent chez Molière et dans la comédie d'intrigue, où l'aparté révèle au spectateur ce qu'un personnage cache aux autres.
Stichomythie
Échange rapide où les personnages se répondent vers pour vers, ou réplique courte contre réplique courte. La tension monte par ce tir croisé. On la trouve dans les scènes d'affrontement de la tragédie, notamment chez Corneille et Racine.
Didascalie
Indication scénique de l'auteur, distincte du texte parlé : déplacements, gestes, ton, décor, entrées et sorties. Elle n'est jamais dite à voix haute. Dans une édition, elle apparaît souvent en italique. Le metteur en scène et les comédiens la lisent pour régler le jeu.
Acte
Grande division d'une pièce, marquée à l'origine par le baisser du rideau ou un entracte. Le théâtre classique suit souvent une structure en cinq actes, la comédie légère se contente parfois d'un seul.
Scène
Subdivision d'un acte. Au sens du découpage du texte, une nouvelle scène commence en principe à chaque entrée ou sortie de personnage. Le mot a aussi un sens concret de lieu de jeu, traité plus bas.
Exposition
Première partie de la pièce, où l'auteur fait connaître la situation, les personnages et le nœud du conflit. Une bonne exposition renseigne le spectateur sans en avoir l'air. Elle occupe en général la première scène ou le premier acte.
Dénouement
Résolution finale de l'intrigue, où les fils noués au cours de la pièce trouvent leur issue. Heureux dans la comédie, funeste dans la tragédie, il doit paraître découler de ce qui précède.
Péripétie
Renversement de situation qui fait basculer l'action dans un sens imprévu. Une reconnaissance, une nouvelle, une trahison : la péripétie relance l'intrigue et la conduit vers son dénouement.
Quiproquo
Méprise par laquelle un personnage en prend un pour un autre, ou comprend une chose pour une autre. Ressort majeur de la comédie et du vaudeville, le quiproquo produit des situations cocasses que le public, lui, comprend parfaitement.
Coup de théâtre
Événement brusque et inattendu qui bouleverse le cours de l'action. Plus spectaculaire que la simple péripétie, il surprend le spectateur autant que les personnages.
Deus ex machina
Intervention soudaine et invraisemblable qui dénoue l'intrigue de l'extérieur, par un personnage ou un événement venu de nulle part. L'expression latine signifie le dieu sorti de la machine, en souvenir des divinités que l'on faisait descendre sur scène à l'aide d'un appareil dans le théâtre antique.
Les genres et registres
Une pièce appartient à un genre, qui fixe une attente et un ton. Les frontières ont beaucoup bougé depuis le théâtre classique. Pour aller plus loin, voir notre page comédie, tragédie, drame.
Tragédie
Genre où des personnages de haut rang affrontent un destin contraire qui les mène à la chute ou à la mort. Elle obéit, dans sa forme classique, aux règles d'unité de temps, de lieu et d'action. Racine et Corneille en sont les grands noms français.
Comédie
Genre qui peint les mœurs et les travers humains pour en faire rire, et finit bien. De la farce courte à la grande comédie de caractère, Molière en couvre presque toute l'étendue.
Drame
Genre né au dix-huitième siècle puis renouvelé par les romantiques, qui mêle le sérieux et le familier, le noble et le quotidien. Le drame romantique de Hugo refuse la séparation stricte entre tragédie et comédie.
Tragi-comédie
Pièce qui mêle des éléments tragiques et une issue heureuse, sans la pureté de ton de la tragédie. Le Cid de Corneille fut d'abord présenté comme une tragi-comédie.
Farce
Courte pièce comique fondée sur le rire franc, les coups, les ruses grossières et les types populaires. La Farce de maître Pathelin, au quinzième siècle, en est le modèle médiéval.
Vaudeville
Comédie légère d'intrigue, rythmée par les quiproquos, les portes qui claquent et les situations enchevêtrées. Feydeau et Labiche en ont porté le mécanisme à un haut degré de précision.
Comique
Ce qui provoque le rire. On distingue traditionnellement quatre ressorts. Le comique de mots joue sur le langage, jeux de mots, répétitions, patois. Le comique de geste repose sur le corps, chutes, gifles, mimiques. Le comique de situation naît des circonstances, quiproquo, cachette, rencontre embarrassante. Le comique de caractère vient des défauts d'un personnage poussés à l'excès, comme l'avarice d'Harpagon.
Catharsis
Selon Aristote, effet de la tragédie qui purge le spectateur de ses passions en lui faisant éprouver la terreur et la pitié. Le terme grec désigne une purification. Il reste central pour comprendre la fonction antique du théâtre.
La versification
Le théâtre classique s'écrit en vers. Connaître ces termes aide à lire un texte de Racine à voix haute sans le malmener. Pour la pratique, voir notre page apprendre un texte de théâtre.
Vers
Ligne de texte soumise à une mesure, le plus souvent comptée en syllabes. Au théâtre classique, le vers domine ; le théâtre en prose se généralise plus tard.
Alexandrin
Vers de douze syllabes, mètre roi de la tragédie et de la grande comédie classiques. Sa longueur permet à la fois l'ampleur du raisonnement et la pointe rapide.
Hémistiche
Moitié de l'alexandrin, soit six syllabes. L'alexandrin classique se partage en deux hémistiches de mesure égale.
Césure
Coupe qui sépare les deux hémistiches, après la sixième syllabe dans l'alexandrin. On la marque par une légère suspension, jamais par un silence appuyé.
Rime
Retour d'un même son à la fin de deux vers ou plus. Les rimes peuvent être plates (aabb), croisées (abab) ou embrassées (abba), et se classent aussi par leur richesse sonore.
Pied
Unité métrique. La métrique française se compte en syllabes plutôt qu'en pieds au sens antique, mais le mot reste employé par habitude pour parler de la mesure du vers.
Hiatus
Rencontre de deux voyelles, l'une finale, l'autre initiale, entre deux mots voisins. La poésie classique l'évite, le jugeant peu harmonieux, par exemple dans tu as ou il alla à.
Enjambement
Débordement d'une phrase ou d'un groupe de mots d'un vers sur le suivant, sans pause à la fin du premier. Il casse la régularité attendue et crée un effet de relance.
Stances
Poème lyrique en strophes régulières, inséré dans une pièce pour exprimer un débat intérieur. Les stances de Rodrigue dans Le Cid en sont l'exemple le plus célèbre du théâtre français.
La scène et le plateau
Le vocabulaire du lieu et du travail concret, celui qu'on entend en répétition et dans les régies.
Scène
Espace de jeu, face au public. Le mot désigne ici le lieu, par opposition à la salle et aux coulisses. Monter sur scène, c'est entrer dans l'aire visible des spectateurs.
Coulisses
Parties du théâtre cachées au public, sur les côtés et derrière la scène, où attendent les comédiens et le matériel. Les entrées et sorties s'y préparent.
Plateau
Plancher de la scène, et par extension l'ensemble de l'espace de jeu vu sous l'angle technique. On parle d'un comédien à l'aise au plateau, d'un changement à vue effectué par les machinistes.
Cour et jardin
Les deux côtés de la scène, vus depuis la salle. Le jardin est à gauche du spectateur, la cour à droite. Pour s'en souvenir, on retient Jésus Christ : J pour jardin à gauche, C pour cour à droite.
Rampe
Rangée de lumières placée au bord avant de la scène, au ras du plancher. Passer la rampe, pour un comédien, c'est se faire entendre et toucher la salle.
Décor
Ensemble des éléments construits ou peints qui figurent le lieu de l'action. Il peut être réaliste, suggéré ou réduit à presque rien selon le parti pris de mise en scène.
Accessoire
Objet manipulé par les comédiens pendant le jeu, lettre, arme, verre, éventail. On le distingue du décor, qui n'est pas porté ni manié.
Costume
Vêtement porté par le personnage, choisi pour situer une époque, un rang ou un caractère. Le costume fait partie de la lecture que le metteur en scène propose de la pièce.
Mise en scène
Ensemble des choix qui transforment un texte en spectacle : jeu des comédiens, déplacements, rythme, décor, lumière, son. C'est l'interprétation concrète d'une pièce par celui ou celle qui la dirige.
Italienne
Répétition où les comédiens disent leur texte assis, vite, sans jeu ni déplacement, pour vérifier la mémoire et les enchaînements. Elle se fait souvent juste avant une série de représentations.
Filage
Répétition de la pièce d'un bout à l'autre, sans s'arrêter, pour éprouver l'ensemble et le rythme. Le filage précède en général la générale.
Générale
Dernière répétition complète, en conditions de représentation, costumes et lumières compris, juste avant la première. On y invite parfois un public restreint.
Les métiers et le jeu
Qui fait quoi, et comment on nomme les qualités du jeu.
Comédien
Personne dont le métier est de jouer des rôles au théâtre. Le mot acteur est employé comme synonyme, même si comédien renvoie plus directement à la tradition de la scène.
Metteur en scène
Personne qui dirige le montage d'un spectacle et en propose la lecture. Elle choisit la distribution, règle le jeu et coordonne décor, lumière et son.
Dramaturge
Au sens premier, auteur de pièces de théâtre. Le mot désigne aussi, dans le travail de création, la personne qui éclaire le sens du texte et accompagne le metteur en scène dans ses choix.
Troupe
Ensemble de comédiens réunis durablement pour jouer ensemble. La troupe de Molière, attachée au même répertoire, en est le modèle historique. La Comédie-Française fonctionne encore sur ce principe.
Rôle
Personnage confié à un comédien, et par extension le texte qu'il a à dire. Connaître son rôle, c'est savoir ses répliques et leurs enchaînements.
Emploi
Catégorie de rôles qui convient au physique, à l'âge et au tempérament d'un comédien : le jeune premier, la soubrette, le père noble. Le système des emplois structurait la distribution dans le théâtre d'autrefois.
Réplique
Outre l'unité de dialogue, le mot désigne aussi le signal qui annonce à un comédien que c'est à lui de parler : la fin de la phrase précédente lui donne la réplique.
Trac
Angoisse qui saisit le comédien avant ou pendant l'entrée en scène. Presque tous le connaissent ; bien canalisé, il aiguise la présence plutôt qu'il ne la paralyse.
Présence
Qualité d'un comédien qui retient l'attention par sa seule façon d'être en scène, même immobile et silencieux. Elle se travaille autant qu'elle se possède.
Diction
Manière d'articuler et de faire entendre le texte. Une bonne diction rend chaque mot clair sans tomber dans l'affectation ni dans la scansion mécanique du vers.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une tirade et un monologue ?
La tirade est une longue réplique adressée à un autre personnage présent. Le monologue est un discours tenu seul, sans interlocuteur. La tirade reste un échange, le monologue se passe d'auditeur.
Qu'est-ce qu'une didascalie ?
Une indication scénique de l'auteur, distincte du texte parlé : gestes, déplacements, ton, décor, entrées et sorties. Elle n'est jamais dite à voix haute, mais lue par le metteur en scène et les comédiens.
Que veulent dire cour et jardin ?
Les deux côtés de la scène, vus depuis la salle : le jardin à gauche du spectateur, la cour à droite. Le repère vient du moyen mnémotechnique Jésus Christ, J à gauche pour jardin, C à droite pour cour.
Où s'entraîner avec des textes du répertoire ?
Sur des textes courts et libres de droit, idéals pour appliquer ce vocabulaire sans contrainte. Voir notre sélection de pièces libres de droit.