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Fiche texte · Tragédie · 1640

Les imprécations de Camille

« Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! » Horace de Pierre Corneille, acte IV, scène 5.

Auteur
Pierre Corneille1606 · 1684
Pièce
HoraceCréation 1640
Personnage
CamilleVoix de femme
Forme
Alexandrins
Registre
Tragédie
Statut
Domaine publiclibre de droit
Portrait de Pierre Corneille
Pierre Corneille, portrait ancien. Domaine public.

Le contexte

Camille aime Curiace, l'un des trois champions d'Albe, alors que ses frères, les Horaces, combattent pour Rome. Le duel a tourné au massacre : Curiace est mort, et c'est le frère de Camille, Horace, qui l'a tué avant de revenir en vainqueur. Quand Horace exige d'elle qu'elle célèbre la victoire de Rome au lieu de pleurer son amant, Camille refuse. Elle laisse alors éclater sa douleur en une tirade qui retourne tout son chagrin contre la cité responsable de sa perte.

Cette tirade est l'une des grandes voix féminines du théâtre de Corneille, à placer aux côtés des stances de Don Diègue. Ici, le deuil ne se plaint pas : il se mue en révolte, en une malédiction lancée à voix haute contre Rome.

L'extrait

Acte IV · Scène 5 · Camille
Camille

Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !

Source : Corneille, Horace, acte IV, scène 5 ; d'après l'édition Marty-Laveaux, Hachette. Domaine public. Seuls les deux premiers vers de la tirade sont reproduits ici.

Lecture du passage

L'attaque frappe d'emblée : le nom de Rome ouvre les deux vers, en anaphore, comme un coup répété. Corneille place la cité au cœur de la phrase non pas pour la louer, mais pour la désigner comme cible. « L'unique objet de mon ressentiment » concentre toute la haine de Camille sur un seul mot, Rome, qui devient à la fois patrie et bourreau. Le second vers explicite le grief : c'est le bras armé de Rome, celui d'Horace, qui vient de tuer Curiace. La douleur intime se transforme en accusation publique, et la tirade bascule du deuil vers l'imprécation. L'alexandrin, ample et martelé, donne à cette malédiction la solennité d'une condamnation.

Pour le jeu

Indications de travail

  1. Tenir l'anaphore. Les deux « Rome » qui ouvrent les vers doivent s'entendre comme des coups : ne les noyez pas, posez-les, laissez-les résonner avant de poursuivre.
  2. Du deuil à la révolte. Camille ne pleure pas, elle accuse. Cherchez la colère froide plus que les larmes : c'est une décision, pas un effondrement.
  3. Adresser la cible. Rome est ici un destinataire, presque une présence. Travaillez le regard et la voix comme si vous parliez à la ville elle-même, en face.

Sources & références

Pierre Corneille, Horace, acte IV, scène 5 ; d'après l'édition Marty-Laveaux, Hachette. Domaine public. Voir aussi les stances de Don Diègue, l'auteur Pierre Corneille, l'anthologie des monologues célèbres, la bibliothèque libre de droit et la méthode pour apprendre un texte de théâtre.