Le contexte
Néron vient de faire enlever Junie en pleine nuit. À son confident Narcisse, il raconte l'instant où il a vu la jeune femme arriver au palais, en pleurs, arrachée à son sommeil. Ce récit n'est pas celui d'un amoureux ordinaire : le plaisir que prend l'empereur naît justement de la détresse de Junie. Le désir et la cruauté y sont déjà mêlés, et l'on devine le tyran derrière le jeune prince.
L'extrait
J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Lecture du passage
Ce vers tient en une phrase ce que toute la pièce déploiera ensuite. Néron ne dit pas qu'il aime Junie malgré ses larmes, mais qu'il aime ses larmes elles-mêmes, et le fait de les provoquer. La structure « j'aimais jusqu'à » pousse l'aveu à son comble : le sentiment ne s'arrête pas au visage aimé, il va jusqu'à la souffrance qu'il cause. Le rythme régulier de l'alexandrin, parfaitement lisse, rend l'aveu plus glaçant encore, comme si la cruauté se disait sans le moindre trouble.
Pour le jeu
Indications de travail
- Ne pas jouer le monstre. Néron ne se sait pas encore tyran. L'horreur du vers vient de ce qu'il le dit avec le naturel d'un homme qui découvre son propre désir.
- Le plaisir sous les mots. Cherchez le trouble sensuel plutôt que la noirceur. C'est la jouissance, et non la haine, qui doit affleurer dans la voix.
- Tenir l'alexandrin lisse. Évitez d'appuyer sur « pleurs » ou « couler ». Plus le vers reste égal et calme, plus l'aveu fait froid dans le dos.
Sources & références
Jean Racine, Britannicus. Texte du domaine public. Pour l'auteur, voyez notre page Jean Racine ; pour la méthode, apprendre un texte de théâtre.