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Fiche texte · Tragédie · 1667

Le monologue d'Oreste

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Andromaque de Jean Racine, acte V, scène 5.

Auteur
Jean Racine1639 · 1699
Pièce
AndromaqueCréation 1667
Personnage
OresteVoix d'homme
Forme
Alexandrins
Registre
Tragédie
Statut
Domaine public
Portrait de Jean Racine
Jean Racine, portrait ancien. Domaine public.

Le contexte

Oreste aime Hermione, qui ne l'aime pas : elle reste tournée vers Pyrrhus. Pour la gagner, Oreste accepte de faire tuer le roi. Mais lorsqu'il vient annoncer à Hermione que l'ordre a été exécuté, elle le repousse avec horreur et lui reproche le meurtre qu'elle avait elle-même réclamé. Apprenant ensuite qu'Hermione s'est donné la mort, Oreste sombre. Resté seul, il bascule dans le délire : les Furies de la vengeance se dressent devant lui.

C'est l'une des dernières voix de la pièce, à mettre en regard du désarroi d'Hermione. Ici, la raison se défait à mesure que le vers avance, et le personnage parle à des présences que lui seul aperçoit.

L'extrait

Acte V · Scène 5 · Oreste, seul
Oreste

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

[…]

Source : Racine, Andromaque, acte V, scène 5 ; d'après l'édition Mesnard, Hachette. Domaine public. Seul ce vers de la tirade est reproduit ici.

Lecture du passage

Le vers s'adresse à des êtres invisibles : Oreste croit voir les Furies, ces divinités vengeresses dont la chevelure est faite de serpents. La question « Pour qui sont ces serpents ? » n'attend pas de réponse rationnelle, elle traduit l'hallucination en train de naître. Racine fait entendre la folie par la sonorité même de l'alexandrin : la répétition des sifflantes, dans « serpents qui sifflent », imite le bruit des reptiles et installe la menace dans la bouche du personnage. Oreste ne décrit pas sa peur, il la subit en direct, happé par des visions qu'il prend pour réelles. C'est le point où le héros tragique perd pied et passe du remords au délire.

Pour le jeu

Indications de travail

  1. Voir vraiment. Oreste s'adresse à des présences qu'il croit devant lui. Fixez un point précis dans l'espace : la peur doit venir de ce que le personnage regarde, pas d'une intention abstraite.
  2. Jouer la sonorité. Les sifflantes de « serpents qui sifflent » portent le sens. Laissez le son siffler sans le forcer, comme une menace qui monte d'elle-même.
  3. La bascule, pas la caricature. La folie naît d'un homme encore lucide une seconde plus tôt. Cherchez le passage, l'instant où la raison cède, plutôt qu'une démence jouée d'emblée.

Sources & références

Jean Racine, Andromaque, acte V, scène 5 ; d'après l'édition Mesnard, Hachette. Domaine public. Voir aussi le désarroi d'Hermione, l'aveu de Phèdre, l'auteur Jean Racine, l'anthologie des monologues célèbres et la bibliothèque libre de droit.